Avis de recherche: lunettes (roses) perdues – forte récompense offerte

Quel week-end!

Il y a d’abord eu ce meurtre, commis en plein jour, jour de shabbat, qui plus est, contre ce couple juif et deux autres victimes. Acte antisémite ou pas, l’enquête le dira. En attendant, le crime est bien là: des personnes ont été froidement assassinées, en plein jour, dans un musée. Je ne vous écris pas de Tel Aviv. Nous sommes à Bruxelles, capitale de l’Europe.

Ensuite, il y a eu les élections européennes. Depuis lundi, comme moi, vous entendez des « fallait s’y attendre », des « c’est normal, ils en ont marre de l’austérité », ou encore des « il faut que les choses changent ». On parle de vote de sanction. Possible.

Je ne me lancerai pas dans des analyses et autres débats politiques ou économiques. Je n’ai pas les connaissances nécessaires et préfère laisser aux spécialistes le soin de décortiquer la situation. Je ne me prononcerai pas non plus sur ce qui a bien pu amener tant de personnes à se lever, dimanche matin, à prendre leur petit déjeuner en famille, puis à se rendre au bureau de vote, à croiser des gens en chemin, peut-être à les saluer, et à aller ensuite s’enfermer dans l’isoloir pour cocher « Messerschmidt » (Danemark), « Farage » (UK), « Michaloliákos » (Grèce) ou »Le Pen » (France) (et la liste n’est pas exhaustive) sur leur bulletin de vote. Le point commun entre ces messieurs? Euh, pardon, entre ces messieurs et cette dame? Ils dirigent tous des partis d’extrême droite, voire néo-nazis. Nous sommes en Europe. En 2014. Non, je ne me prononcerai pas.

Je ne parlerai pas non plus des intentions de ces partis et de leurs méthodes populistes à vomir pour arriver au pouvoir et réaliser leurs tristes desseins. Je ne dirai rien non plus de ceux – si nombreux! – qui les ont élus. Certains diront que ce sont de pauvres gens, des simples d’esprit, des ignorants, des personnes en détresse, précarisées, qui ont perdu tout espoir et sont déçues par la classe politique. Non, je ne dirai rien. On leur a demandé de s’exprimer, ils l’ont fait.

Le résultat, c’est qu’en une journée, nous avons reculé de cinquante ans. En une journée. En quelques heures.

Traitez-moi de naïve, d’idéaliste, de rêveuse, mais j’ai la gueule de bois, aujourd’hui – comme vous, peut-être? Hier encore, j’étais fière de me dire Européenne. Europe, démocratie, justice, droits sociaux, droits de l’homme, droit d’asile, égalité, libre circulation des personnes; toutes ces nobles causes, balayées d’un revers de crayon?

Sur ce blog, j’ai à cœur de prôner le partage. Le partage entre tous. Le partage basé sur la confiance. Les échanges. La découverte. Découverte des pays, mais aussi découverte des cultures, des personnes. Car ce sont les cultures, la diversité des cultures et des personnes qui font la richesse des peuples. Quand donc va-t-on enfin en prendre véritablement conscience? Et je ne dis pas cela parce que je suis moi-même fille d’immigré. Je sais que nous sommes nombreux (et toujours majoritaires) à croire dans la démocratie et l’égalité entre les Hommes. Mais depuis dimanche, j’ai l’impression de vivre un mauvais rêve. Ou peut-être me suis-je en fait tout simplement réveillée et m’a-t-on (brutalement) sortie de mon rêve?

C’est promis, dès que je les aurai retrouvées, je remettrai mes lunettes roses. Mes chères lunettes roses, au travers desquelles j’observe le monde depuis que j’ai compris que la vie était plus amusante avec de la couleur. Je vous raconterai comme les gens peuvent être bons et généreux, comme l’espoir n’est pas un vain mot, comme le monde de demain peut être meilleur, comme il ne faut pas avoir peur pour vos enfants, comme on peut faire confiance aux personnes et à la vie. En attendant, si vous retrouvez mes lunettes roses, écrivez-moi. Merci.

La nomade (sédentaire)

 

 

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7 commentaires

  1. eh oui, nous avons la gueule de bois, jusqu’à ne plus savoir parler…cette impression de pédaler da,s la sciure… lassé de ne pas réussir à convaincre, nos frères, nos enfants, las de jurler SOS, Help, attention nous sommes en 1936, date de ma naissance, gardons nous cependant d’échapper de partir ailleurs… Restons et recommençons à convaincre que ce sont les hommes qui ne sont pas à la hauteur de nos institutions et non le contraire…merci pour votre très beau texte

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